VOYAGE PARTANT DES NOĒLS DE MA PREMIERE ENFANCE

 

 

                                                                     Patrick Morel

Les cloches vont sonner, quelques jours encore. Et les rêves reviennent. Souvenirs toujours intenses.

Enfants on se préparait, avec grand-mère qui vivait avec nous. Promenades d’ambiance avec elle et maman dans tous ces magasins qui étaient en tenues de fête. Nous ne réalisions pas que l’idée était de se renseigner sur ce qu’elles pourraient avoir pour combler nos vœux. Et à la maison, les projets de menus allaient leur plein pour bien célébrer ce moment le plus rayonnant de notre ère de Christianité. Notre Sauveur allait encore et encore chaque année nous ouvrir les portes du ciel.

Les menus aussi avaient une importance extrême. Jambon fait ‘Maison’, de la dinde, de la volaille, grands légumes et fruits. Et bien sûr bien sur ces gâteaux et puddings de Noël. Et la bonne Buche de Noël pour les plus chanceux Abondance dans des emballages ultra coloriés. Et les grandes boissons et cafés dont se gavaient les adultes en conversations ou la verve donnait son plein, et le bruit aussi. L’arbre de Noël tout décoré et éclairé, petit sapin venu de la forêt, ou même artificiel rescapé des années précédentes. La couleur et le bruit bien en place. Et les bougies et chandelles qui apportaient un aspect de la primitivité de cette époque que Dieu a choisi pour la Nativité de son fils dans une étable. Tout semble prêt.

Cette nuit nous allons en famille à la messe de minuit. Les cloches auparavant nous ont offert un carillon unique ou elles avaient l’air de s’envoler toutes en plein émerveillement. Nous y étions et grand-mère nous emmenait à travers toutes ces belles paroles pour accueillir Jésus, enfant pauvre de Nazareth. Mais à qui nous devions tout. Nous étions bourrées de sommeil, nous remerciions aussi Notre Seigneur pour les heures bien plaisantes à venir.

Nos églises étaient toutes pleines à craquer et une foule parfois peu silencieuse débordait le clocher pour remplir la cour. A la tribune chanteurs et chorale distribuaient leur talent à merveille donnant au Père Lapeyre un appui sans réserve alors que d’autres curés confessaient sans arrêt les retardataires pour la communion.

Dans le chœur nous retrouvions toujours l’étable, lieu de l’arrivée du fils de Dieu, coin dénudé et habitat de ces braves bêtes là pour le réchauffer. Et pour couronner le tout, l’Etoile de Bethléem scintillante pour guider déjà ces Rois Mages portant des présents de grande valeur pour notre nouveau-né.

Et bientôt le célébrant viendra solennellement déposer la réplique du nouveau-né au centre de la mangeoire pour recevoir l’hommage de ses betes en attendant l’arrivée des Mages venus de l’Est.

Nous rentrions ensuite et Papa, Maman, Grand-mère nous présentaient l’arbre de Noël miraculeusement garnie par le Père Noël, le grand Saint Nicholas pendant notre absence, à la messe. C’était notre Réveillon. Cris joyeux et hurlements alors que la distribution des jouets avait lieu, avec mise en activité immédiate des voitures, camions et poupées. C’est l’heure maintenant de la première tournée de gâteaux friandises et boissons. Petits chapeaux colorés, trompes bruyantes en papier, petites cannes en sucre coloré. Maintenant vite au dodo pour recommencer le plus tôt possible dans la matinée. Notre Noël est là. Avec parmi les couvertures toutes ces merveilles qui vont nous combler pour les semaines et les mois à venir.

Nous avons changé. au cours des années, beaucoup ont perdu de vue la cause première de cette incomparable célébration. La Nativité. La clef du Paradis.

Nous ajoutons nos années et avançons avec notre génération et apprécions notre Noël en adultes. Avec une certaine maturité. S’en viennent alors ces belles parties avec de beaux et belles amies. Assistons à l’office de Noël. Il est Minuit. Jésus naît et sa mère l’accompagnera le plus loin possible vers ce Calvaire dont elle ignore tout encore mais pour le départ aussi elle y sera voyant sa chair humiliée dans la douleur intense pour nous sauver.

Pour nous la suite de ce soir sera souvent une belle danse avec de nombreux amis et amies. Célébration qui durera bien et parfois jusqu’après le Nouvel An. Si beau de se retrouver avec la partenaire que l’on adore et ces amis qui comblent nos liens. Et le temps venu, nous y serons aussi accompagnant nos propres enfants, perpétuant cette réalité dans la foi qui guide nos pas et promets une continuité vers Le Retour promis et un bonheur sans fin, sans ennemis.

Nous sommes au bras de notre Eglise qui nous guide avec des vocations sans fin et nous transmet la parole de la Trinité. Cela me rappelles cette belle composition très humoristique d’Alphonse Daudet, et je vous recommande de le chercher et de l’écouter ou encore de le visionner. Sous le titre « Les Trois Messes Basses » qui représente une obligation semble-t-il terminée ou les curés doivent dire trois messes le jour de Noël. Consécutivement si nécessaire. Ayant été servant jeune, j’ai eu un Noël à servir, sans plaisir je dois l’avouer, trois messes avec le Père Koenig au Montmartre Mauricien, qui ont bousillé mon Noël après-messe. La pièce que je vous recommande d’écouter, ou même de lire est interprétée par Fernandel. Dont le talent et la puissance d’interprétation sont absolument inégalables. L’humour de cet écrit par une personnalité dominante des Lettres Françaises nous transmet un moment dans cette vie d’un Curé de Campagne invitée au festin immédiat suivant la naissance a minuit. Mais hélas, par vocation il devra être en retard, et alors que le temps passe il essaie de traverser en quatrième vitesse tous ces petits et grands moments d’une liturgie impossible à contourner mais lui coutant cher pour ce menu qu’il connait. Humain comme un autre.

Pour nous ici maintenant, le pays, le monde a changé. Les temps aussi. L’essentiel de Noël nous offre une version avec outback, kangourous et country music. On s’y amuse toujours et une fois de plus ce sera pour la cause, dans quelques autres jours la Nouvelle « Anno Domini Jesu Christi » ou « En l’Année de Notre Seigneur Jésus-Christ » commencera la nouvelle année portant la marque de l’ouverture de son ère. « AD ». Le monde se rapporte à lui, et se retrouves en lui. Jusqu’au Retour.

JOYEUX NOĒL DANS LA PAIX DU SEIGNEUR

© 2012 by Orietta Wheatley                Publications/Members Cnr Uploaded by Gerard Laville 

Latest update: Friday 4 December 2020